Exposition personnelle « Duel »

par Claudia Gilles

 «  […] Tout l’immense et compliqué palimpseste de la mémoire se déroule d’un seul coup, avec toutes ses couches superposées de sentiments défunts, mystérieusement embaumés dans ce que nous appelons l’oubli. »

 

Charles Baudelaire, les paradis artificiels.

 

Il apparaît dans l’œuvre de Claudia Gilles une volonté, celle de partager une vérité personnelle. A travers ses monotypes, nous découvrons un monde peint, celui d’une artiste, qui en réaction au réel, se presse dans son atelier pour transposer ses émotions sur le papier.

 

Peindre instantanément l’éphémère ressenti individuel.

 

De cette transfiguration de la psyché, sans détours, ni mensonges, naît une relation entre le spectateur et l’œuvre. Un dialogue nourri de signes, de références et d’inspirations, laissant place à une grande liberté d’interprétation.

 

En quête du paisible, ce qui prime dans le travail de Claudia Gilles est cette recherche d’équilibre. Equilibre qu’elle dévoile en employant la couleur et le tracé comme un langage. Symboles, motifs, formes géométriques se superposent à une empreinte colorée qui,  dans un jeu de construction et de déconstruction de l’espace, offre une pluralité de niveaux de lecture. Une tentative toujours en évolution de représentation des différentes strates de conscience, la perception de l’intangible.

 

Ce geste, imparfait, inachevé, « ni fait, ni à faire » comme l’artiste aime le dire, nous renvoit à l’Homme et à sa place dans l’univers, à la dualité existante entre le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, la vérité et le mensonge.

 

Un parcours pictural dévoilant des trajectoires de l’esprit outrepassant les frontières, pour un voyage aux confins du sensible.

La peinture comme style de vie.

A la recherche d’une spiritualité par l’équilibre des formes.

   La force de rayonnement de la peinture de Claudia Gilles est concentrée dans son humilité et sa franchise. Celui qui prend le temps de s’y attarder perçoit dans ses agencements formels une configuration qui l’affecte et le séduit. Les œuvres présentées sont des prises de position dans un répertoire de possibles. Parcourir sa peinture, c’est partir à la rencontre d’œuvres qui ont jalonné sa vie. Sa peinture navigue librement entre clins d’œil référencés érudits puisés dans l’histoire de l’art, touches figuratives furtives et expressionnisme abstrait. Empreinte d’un nomadisme qui se joue des écoles, des chapelles et des modes, elle témoigne d’une liberté qui a su faire taire pour s’affirmer, toutes les voix étouffantes de l’autocensure.

 

  Son parcours pictural est empreint d’émotions qui se réalisent. Au-delà, il incarne l’idée d’une vie qui transfigure sans cesse ses propres formes. Son entrée en peinture rend compte d’une manière de vivre sur le mode d’une pratique qui fait du corps et de l’esprit les messagers des réceptions sensibles. Elle renvoie tout autant à une histoire de vie qu’à un sujet réinventé par ses formes de vie.

 

  Peindre, c’est choisir des formes singulières mais c’est aussi choisir une manière originale d’être au monde. Claudia Gilles « fatigue son génie » (Balzac) à trouver des formes sans cesse renouvelées par son œuvre mais aussi par sa vie. Une vie inventée par les formes qu’elle invente, pour laquelle stylistique de l’existence et stylistique de l’œuvre se répondent, se croisent, dialoguent. 

 

  Au-delà des tableaux, toiles, monotypes, surfaces, traces, gestes, marques, supports, jeux de couleurs, croix, traits et au-delà des lignes, c’est une vie qui affirme sa présence. C’est précisément cette vie transfigurée par l’équilibre des formes qui conduit Claudia Gilles à un seuil élevé de spiritualité. Regarder ses œuvres, c’est accéder, comme par magie, à une dimension supérieure qui entrouvre la possibilité de se régénérer et de se réinventer. Accepter l’invitation au partage spirituel et sensible, c’est se laisser conduire avec délicatesse vers une pluralité de façons de s’éprouver comme sujet.

 

Eric Dicharry, Critique d’Art, 7 février 2019.

Née en 1938 à Alger, Claudia Gilles, vit aujourd’hui à Bayonne. Après un court passage à l’école des beaux arts d’Alger en 1952 sans l’aval parental, il faudra attendre une trentaine d’années, et de nombreuses pérégrinations avant qu’une réelle production artistique ne voit enfin le jour, époque où elle rencontre sur son parcours l’aquarelliste Bernard Dulac et c’est à ce moment précis que Claudia Gilles retrouve ses pinceaux et embrasse le figuratif. En 1994, elle s’inscrit dans l’Association des beaux arts de Cannes et rencontre la graveuse Berthe Hollander, qui lui suggère de s’essayer au travail de monotype ; peu à peu, la technique prend le pas sur le sujet, ce qui la conduira à l’abstraction. En 2016, elle quitte la côte d’Azur pour la côte Basque.

1997 : Exposition collective - Atelier Berthe Hollander, Cannes (30)

1998 : Exposition collective - Galerie Expoforce, Cannes (30)

2002 : Exposition collective - Galerie du Four à pain - Bargemon. (83)

2003 : Exposition collective - Chapelle Saint Sylvestre - Clavier (83)

2004 : Exposition personnelle - Chapelle Saint Sylvestre - Clavier (83)

2004 : Exposition collective - Chapelle - Salernes (83)

           Illustration de la couverture de l’ouvrage de Stéphane Haber aux éditions Ellipses : L'action en philosophie contemporaine

2007 : Exposition collective - Musée Galerie Camos - Bargemon (83)

2007 - 2008 : Expostion collective - Galerie Marina Latta, Grasse (06)

De 2013 à 2017 : Exposition personnelle - Galerie des Dominicains, Nice (06)

2019 : Exposition personnelle – Galerie ATEKA – Bayonne (64)